Informatique quantique : un dirigeant d'IBM alerte sur le risque de piratages massifs
Le monde reste mal préparé aux risques de l'informatique quantique, qui pourrait permettre de casser certains systèmes de chiffrement menant à des piratages à grande échelle, a estimé mercredi à Londres Alessandro Curioni, vice-président d'IBM Europe et Afrique.
"Si on regarde à l'échelle mondiale, combien d'organisations sont résistantes au quantique ? Je dirais moins de 10 % aujourd'hui", a déclaré M. Curioni, également directeur du laboratoire d'IBM à Zurich, interrogé par l'AFP en marge d'une conférence organisée par le groupe américain dans la capitale britannique.
Ces risques s'ajoutent aux inquiétudes liées à l'intelligence artificielle, qui facilite déjà certaines opérations de piratage, alors que les cas de cyberattaques se multiplient dans le monde entier.
L'entreprise américaine, pionnière dans ce domaine où elle rivalise avec Microsoft et Google, vise à développer d'ici 2029 un ordinateur quantique suffisamment fiable pour effectuer des calculs hors de portée des ordinateurs classiques.
Pour traiter l'information, ces machines exploitent les propriétés de la physique quantique.
Cette technologie pourrait par exemple aider à concevoir de nouveaux médicaments ou matériaux. Mais elle pourrait aussi être utilisée pour casser le chiffrement qui protège nos communications et nos données.
M. Curioni redoute des conséquences pour "internet, les blockchains, les banques, les contrats financiers, les signatures numériques".
"D'abord, ils vont peut-être attaquer les institutions financières, puis l'industrie, ensuite les banques, et puis, peut-être le contrat de votre maison", avance-t-il à propos de potentiels acteurs malveillants.
Les ordinateurs quantiques actuels ne sont toutefois pas assez puissants pour mener de telles attaques, et la date à laquelle ils pourraient le devenir reste incertaine.
"Le plus grand risque pour nous est en réalité que les données ont probablement déjà été récoltées", a souligné mercredi David Debnam, directeur des risques opérationnels et de l'innovation chez l'assureur britannique Aviva.
Conservées, ces données pourraient être déchiffrées lorsque les ordinateurs quantiques seront suffisamment puissants.
Londres recommande aux organisations d'achever d'ici 2035 leur transition vers des systèmes cryptographiques résistants aux attaques quantiques.
Les Etats-Unis, la Chine ou encore la France font aussi partie des nations engagées dans le développement de l'informatique quantique, dont le cabinet McKinsey estime qu'elle pourrait produire jusqu'à 2.700 milliards de dollars de valeur économique d'ici 2035.
Selon M. Curioni, les bénéfices seraient immenses notamment en combinant cette technologie aux capacités d'abstraction de l'IA afin "de simuler des problèmes qui étaient jusqu'ici trop complexes d'un point de vue physique".
B.Groebner--SbgTB