Le Vietnam exhume les corps de plus de 700 soldats pour identifier ses disparus de guerre
Le Vietnam a organisé mercredi les funérailles de plus de 700 de ses soldats tombés au combat et dont les dépouilles ont été exhumées, dans le cadre d'une opération visant à identifier des disparus après plusieurs décennies de conflit avec la France puis les États-Unis.
Des dizaines de milliers de personnes se sont massées le long des rues d'Hô Chi Minh-Ville au passage du cortège vers un cimetière militaire en périphérie de la ville, certaines tenant des fleurs blanches ou priant, tandis que des bus transportaient des cercueils en terre cuite recouverts du drapeau national vietnamien.
Les 731 dépouilles proviennent de tombes individuelles et de fosses communes de combattants tués lorsque les forces soutenues par les États-Unis ont réprimé un soulèvement communiste en 1968. Elles ont été exhumées dans un parc public, fouillé lors d'une campagne nationale de 500 jours lancée en mars.
Le Ngoc Mai Uyen se rendait souvent dans ce parc qui porte le nom de sa grand-mère, la combattante révolutionnaire Le Thi Rieng, dont le corps n'a jamais été retrouvé.
"J'ai toujours ressenti quelque chose de sacré ici, dans ce parc", a récemment déclaré cette femme de 36 ans à l'AFP après avoir brûlé de l'encens près d'une plaque commémorative, affirmant avoir "une foi inébranlable" dans le fait que les restes de sa grand-mère seraient finalement découverts.
Depuis juillet, des centaines d'experts et de soldats s'emploient à mettre au jour les couches de restes humains dans le parc, aidés par des bulldozers, des pelleteuses et des pompes à eau, mais souvent en tamisant la boue à la main.
- Course contre la montre -
Lors de la cérémonie funéraire qui s'est déroulée mercredi matin, l'adjoint au maire de la ville, Nguyen Manh Cuong, a déclaré que les autorités "ne négligeront aucune occasion, ni aucune méthode, afin de poursuivre la quête de leurs camarades disparus".
"En raison de la violence de la guerre et du temps écoulé, nous n'avons pas encore pu identifier les noms ni les villes d'origine de la plupart des soldats retrouvés au cours de cette phase", a affirmé l'édile.
Le gouvernement a révélé l'identité d'un soldat décédé, le chef d'escouade Huynh Van Quen, qui a combattu en 1968 et dont la dépouille a été retrouvée dans le parc Le Thi Rieng, selon les médias d'État.
On estime que jusqu'à 1,2 million de soldats vietnamiens ont été tués entre 1945 et 1975, quand ce pays d'Asie du Sud-Est a été déchiré par les conflits avec la France puis les États-Unis.
Le gouvernement s'est fixé pour objectif de récupérer 7.000 dépouilles d'ici juillet 2027, "une mission politique d'une importance particulière, mais aussi un devoir qui vient du coeur", selon la vice-première ministre Pham Thi Thanh Tra.
Plus de 1.500 personnes ont été mobilisées pour fouiller d'anciens champs de bataille au Vietnam, au Laos et au Cambodge, tandis que des milliers d'autres se consacrent à la collecte et à l'analyse des données.
Ils prélèvent des échantillons dans les 230.000 tombes de soldats non identifiés et constituent une base de données génétiques de leurs proches.
- Données génétiques -
Grâce à une technologie financée par les États-Unis par l'intermédiaire de la Commission internationale pour les personnes disparues, un programme pilote a permis d'extraire avec succès des données génétiques de 54 échantillons sur 58.
Mais le directeur du Centre d'identification par l'ADN de Hanoï, Tran Trung Thanh, a averti que le processus serait long.
"A mesure que les proches et parents directs des disparus vieillissent et décèdent à leur tour, nous risquons de perdre une source essentielle de données de référence", a-t-il déclaré à l'AFP.
Avec sa famille, Doan Van Cong tente depuis des années de comprendre ce qui est arrivé à son oncle, décédé en 1950.
Ils pensent qu'il faisait partie des combattants communistes enterrés dans une fosse commune à seulement 50 kilomètres de chez lui, après une embuscade tendue par les troupes françaises.
Mais "nous n'avons pas eu l'occasion de procéder à des fouilles" sur les sites présumés, a déclaré à l'AFP l'homme de 68 ans.
Aujourd'hui, la campagne menée par le gouvernement pour obtenir des réponses est son "dernier espoir".
D.Schmid--SbgTB