"La police n'est pas violente, ça crève les yeux!": dans les cortèges, des lycéens remontés contre les forces de l'ordre
"Trop jeunes pour voter, assez grands pour se faire gazer": dans les cortèges lycéens qui ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes mardi, les pancartes pour dénoncer les violences policières étaient presque aussi nombreuses que celles demandant plus de moyens pour l'éducation.
De Lille à Marseille en passant par Lyon et Bordeaux, les manifestants critiquent d'une seule voix les méthodes de la police depuis le début du mouvement le 17 septembre.
L'étudiante en Master, dénonce la façon dont les lycéens ont été traités: "On les insulte, on les frappe, on se moque d'eux quand ils sont à terre avec du gaz lacrymogènes dans les yeux, il n'y a aucune retenue, aucune tentative des forces de l'ordre de faire désescalader la situation".
A Lille, où plusieurs milliers de personnes, adultes et adolescents, ont défilé sans incident, Iris, 17 ans, raconte avoir été "vraiment touchée" en voyant certains de ses amis visés par des charges policières et des gaz lacrymogènes lors des blocus de son établissement alors qu'ils "n'étaient pas du tout violents".
A Paris, Ludivine, en terminale, dénonce elle aussi des "comportements assez horribles", notamment "une fille qui s'est pris un flashball dans l'arcade sourcilière" à côté d'elle lundi. "On s'est fait gazer à plusieurs reprises, c'était très abusif", poursuit l'adolescente de 17 ans, qui a eu "très peur".
Dans tous les cortèges, les discussions tournent aussi autour du lycéen de Lens, qui a eu la main arrachée lundi lors d'une manifestation.
"C'est pas parce qu'ils nous arrachent les mains que cela va nous empêcher de manifester", déclare Gabriel à Clermont-Ferrand, qui explique être là "par solidarité" avec le jeune blessé.
À Brest, Katell, 15 ans, reconnaît que cette nouvelle les a mis "encore plus" en colère.
Gustave, Brestois de 15 ans, avoue d'ailleurs que "plus les policiers sont violents, plus la rage des manifestants est grande".
Camille, 16 ans, explique, elle, avoir "des amis qui sont terrorisés à l'idée de manifester. Ca me paraît ahurissant : la police n'est pas censée protéger à la base?", interroge cette terminale au lycée Nelson Mandela de Nantes.
- "Touche pas à mon élève!" -
Dix enquêtes de l'IGPN, la "police des polices", ont été ouvertes depuis le début du mouvement. Le policier, auteur d'un tir de lance-grenade qui a grièvement blessé au visage un adolescent de 14 ans, a été mis en examen mardi pour violences.
Deux cent quinze élèves ont été blessés depuis le début de la mobilisation selon Matignon, de même que 715 policiers ou gendarmes d'après le ministère de l'Intérieur.
"On a continué à faire ce que nous faisons, à maintenir l'ordre, à intervenir à chaque fois qu'il y a des violences, avec proportionnalité", a martelé Laurent Nuñez interrogé au même moment à l'Assemblée.
"La police n'est pas violente, ça crève les yeux!" ironise une pancarte, dans le défilé lillois, faisant référence à l'adolescent de 16 ans blessé grièvement à la tête la semaine dernière lors du blocus du lycée Balzac, et qui a perdu l'usage de son œil droit.
"C'est compliqué d'avancer dans un système où l'on craint ceux qui sont censés nous protéger", regrette Warrenne, étudiant de 23 ans à Paris.
"On en vient à questionner la légitimité des forces de l'ordre à faire respecter l'ordre et assurer la sécurité", abonde Maxence, étudiant en architecture de 19 ans.
Les lycéens et étudiants ont été rejoints par des adultes, parents et professeurs, venus les soutenir.
Dans le cortège parisien, Marjorie Broussin brandit une pancarte "Touche pas à mon élève!".
Pour la première fois de sa carrière, cette professeure de français à Roissy-en-Brie (Seine-et Marne) a eu peur pour ses élèves. "Je me souviens d'un temps où aller en manifestation c'était une joie, et je trouve ça fou qu'aujourd'hui les lycéens et les lycéennes aient peur", regrette-t-elle, accompagnée d'une quizaine de collègues pour "pouvoir offrir une sécurité aux gens qui sont là".
V.Grabner--SbgTB