Yémen: les Houthis prennent le contrôle d'une ville clé près du détroit de Bab el-Mandeb
"Mort à l'Amérique, mort à Israël": les Houthis pro-iraniens du Yémen ont pris jeudi le contrôle de la ville de Mokha sur la mer Rouge, une percée notable dans leur progression vers le stratégique détroit de Bab el-Mandeb.
Pour les repousser, l'Arabie saoudite, allié du gouvernement yéménite, a mené des dizaines de frappes au cours des dernières 24 heures "à l'aide d'avions de combat F-15 et Typhoon", selon ces combattants antigouvernementaux.
"Les Houthis progressent vers le détroit de Bab el-Mandeb après avoir pris le contrôle de Mokha", a affirmé à l'AFP une source militaire au sein des forces gouvernementales, le chef du Conseil présidentiel jugeant de son côté que protéger les côtes yéménites était dans l'intérêt de la communauté internationale.
Ce passage reliant l'Asie à l'Europe via la mer Rouge et le canal de Suez a gagné en importance depuis le début de la guerre au Moyen-Orient avec le verrouillage par l'Iran du détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule.
Des témoins ont dit avoir vu des troupes houthies entrer dans cette ville portuaire située à 70 kilomètres au nord du détroit, en lançant des slogans contre les Etats-Unis et Israël, les deux ennemis jurés de Téhéran.
- Le pétrole flambe -
D'après la même source militaire, ils se sont également emparés de l'île de Zuqar, dans le sud de la mer Rouge, "après des attaques à la roquette et un assaut terrestre mené à l'aide d'embarcations transportant des combattants".
Ces forces antigouvernementales ont déjà perturbé par le passé le trafic en mer Rouge mais le contrôle des zones côtières près du détroit pourrait leur donner une plus grande marge de manœuvre, et leur permettrait de "renforcer leur pression maritime", souligne Andreas Krieg, du King's College de Londres.
Le Yémen a replongé dans la guerre en juillet, après des années d'accalmie, entraîné dans le conflit régional déclenché par l'offensive américano-israélienne contre l'Iran fin février.
Les Houthis ont annoncé dans la foulée un blocus maritime de l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut pour lequel le détroit de Bab el-Mandeb est devenu une voie de contournement vitale depuis le verrouillage du détroit d'Ormuz. Et ont depuis visé les navires pétroliers ainsi que des infrastructures du royaume, notamment une raffinerie.
La hausse des cours du pétrole s'est encore accélérée jeudi avec les derniers développements qui portent un nouveau coup aux espoirs d'un règlement du conflit au Moyen-Orient: le prix du baril de Brent, référence internationale, est monté à plus de 106 dollars, au plus haut depuis mai.
- Ambiance "apocalyptique" -
Dans un communiqué, Tarek Saleh, le commandant des Forces de résistance nationale qui contrôlaient la ville de Mokha et combattent au sein des forces gouvernementales, a dit avoir déplacé son centre de commandement "dans un lieu sûr".
Les soldats ont payé "un lourd tribut ces derniers jours", a-t-il concédé, parlant d'une offensive houthie "planifiée et soutenue par l'Iran".
L'avancée des Houthis à Mokha et dans des secteurs avoisinants a poussé de nombreuses personnes à fuir vers Aden, la grande ville du sud contrôlée par le gouvernement.
Parti en pleine nuit de Mokha, Mohamed, 46 ans, décrit à l'AFP une ambiance "apocalyptique" dans ce port historique, qui a donné son nom au café moka.
Mujahid Tahami, qui a également pris la route pour Aden, a affirmé que certaines familles avaient été "pillées par des bandes".
Les Houthis ont également lancé une vaste attaque cette semaine contre l'Arabie saoudite, tirant notamment mercredi plusieurs missiles balistiques et drones vers des villes du sud du pays voisin.
P.Wimmer--SbgTB