Salzburger Tageblatt - Munich, nouvelle place forte de la défense en plein réarmement européen

Euronext
AEX -0.52% 1100
BEL20 -0.28% 5818.22
PX1 -0.6% 8284.13
ISEQ -0.49% 14142.74
OSEBX -0.28% 2112.28 kr
PSI20 0.46% 9481
ENTEC -0.41% 1416.23
BIOTK -1.82% 4775.31
N150 -0.77% 4305.79
Munich, nouvelle place forte de la défense en plein réarmement européen
Munich, nouvelle place forte de la défense en plein réarmement européen / Photo: Karl-Josef Hildenbrand - AFP

Munich, nouvelle place forte de la défense en plein réarmement européen

Connue pour sa fête de la bière, son club de football et sa vue imprenable sur les Alpes, Munich s'est aussi imposée comme un foyer de start-ups de défense, portée par le réarmement du continent face à la menace russe.

Taille du texte:

Une nouvelle génération d'entreprises spécialisées dans les drones, l'intelligence artificielle et les logiciels militaires est venue rejoindre les poids lourds industriels de la région, à mesure que l'Europe repense sa sécurité et que les Etats-Unis réuisent progressivement leur engagement militaire sur le continent.

Près de 60 start-up de défense sont désormais implantées dans la région, soit deux fois plus qu'il y a quelques années, selon la Chambre de commerce et d'industrie locale.

"Munich et sa région offrent une combinaison remarquable de compétences, de talents et d'histoire", déclare à l'AFP Martin Karkour, responsable du chiffre d'affaires chez Quantum Systems.

Ce fabricant de drone d'espionnage compte, avec Helsing et Tytan Technologies, parmi les nouveaux acteurs qui redessinent le paysage industriel local.

Héritage de l'aéronautique et de la défense, universités techniques de premier plan, vivier de talents facilement accessible, climat politique favorable: les acteurs du secteur vantent les atouts de la ville bavaroise.

La région réunit des capacités d'ingénierie, de logiciels, d'intelligence artificielle et de robotique, un cocktail rare selon M. Karkour.

- Un terreau fertile -

La guerre en Ukraine, où les drones dopés à l'IA joue un rôle crucial, a porté cette vague d'innovation, incitant les armées allemandes et européennes à regarder au-delà de l'équipement traditionnel comme les chars et l'artillerie.

Quantum Systems, fondée en 2015, fournit des drones à Kiev et à d'autres armées. Elle s'est également diversifiée vers de nouveaux systèmes sans pilote, terrestres comme maritimes.

Tytan Technologies doit aussi beaucoup à Munich.

Ce fabricant de drones intercepteurs, conçus pour neutraliser ses semblables hostiles, a été créé en 2023 par deux étudiants de l'Université technique de la ville après un hackathon organisé à Kiev, en Ukraine.

Leur but est de "restaurer une économie de la défense antiaérienne européenne", confie Nemo Farber, directeur de la production, à l'AFP.

En deux ans, l'entreprise est passée de 20 à 200 salariés et s'apprête à ouvrir un nouveau site de production. Elle collabore notamment avec la Bundeswehr pour protéger les infrastructures contre les drones.

Cette montée en puissance intervient alors que l'Allemagne, premier soutien militaire européen de Kiev, a fait état de survols suspects de drones au-dessus de sites sensibles, notamment en août, avec la découverte d'un drone muni d'explosifs à l'aéroport de Leipzig.

Pour Nemo Farber, "l'écosystème global" de Munich et de la Bavière porte la croissance du secteur.

Alors que les constructeurs automobiles historiques de la région réduisent leurs effectifs face à la crise, ils alimentent aussi le secteur de la défense en main-d'œuvre hautement qualifiée, souligne-t-il.

Le maire écologiste de Munich, Dominik Krause, attribue la réussite de la région à la collaboration entre grandes et petites entreprises, ainsi qu'aux liens solides entre universités et autorités.

"Cela crée finalement une sorte de terreau fertile où beaucoup de bonnes idées peuvent germer", s'enthousiasme-t-il auprès de l'AFP.

- Lourdeurs administratives -

Malgré cet essor, les jeunes pousses du secteur dénoncent plusieurs freins.

Elles déplorent qu'une maigre part des investissements soit attribuée aux systèmes autonomes, tandis que les armements traditionnels — comme les chars — raflent la mise, bien que vulnérables face aux drones peu chers.

De longues procédures d'habilitation de sécurité du personnel et la bureaucratie sont aussi des obstacles, selon la chambre de commerce.

Un autre défi consiste à construire les infrastructures nécessaires pour suivre la demande, explique à l'AFP Maximilian Epp, expert défense au sein de la chambre.

"Les start-up sont vraiment en difficulté quand la croissance est là, que les commandes sont là, mais qu'elles ne peuvent pas pleinement exploiter leur potentiel de production parce que les permis pour de nouveaux entrepôts et sites de production ne sont pas encore arrivés".

Il pointe néanmoins le bon vouloir du gouvernement régional de Bavière.

L'industrie de défense a longtemps été taboue en Allemagne en raison des atrocités nazies.

Pour ses dirigeants, cette nouvelle visibilité comporte aussi des risques.

Le PDG de Donaustahl, fabricant de drones basé en Bavière, vit caché depuis un projet d'assassinat attribué à la Russie, tandis qu'un complot similaire contre le patron de Rheinmetall, Armin Papperger, a été déjoué en 2024.

Les groupes de défense contactés par l'AFP indiquent avoir renforcé leurs dispositifs de sécurité.

sr/fz/kas/nth

N.Hinterseer--SbgTB