PAC: Bruxelles "prend note" de possibles versements en faveur de la famille royale émiratie
L'Union européenne a "pris note" jeudi d'une enquête de presse qui affirme que la famille royale émiratie a bénéficié de plus de 70 millions d'euros de fonds européens de la politique agricole commune pour des fermes en Roumanie, Italie et Espagne.
Des filiales contrôlées par la famille royale Al Nahyan ont perçu 110 versements entre 2019 et 2024 pour un total de plus de 71 millions d'euros, selon le collectif de journalistes DeSmog, en lien avec les journaux britannique The Guardian, espagnol El Diario et roumain G4Media.
Cette enquête souligne notamment le versement en 2024 de 10,5 millions d'euros à une immense exploitation roumaine de 57.000 hectares baptisée Agricost, rachetée par le groupe émirati Al Dahra en 2018.
Les fermes dans les pays cités produisent principalement du fourrage destiné à l'exportation vers le Golfe, affirment ces médias.
La famille royale émiratie, celle du président Mohammed ben Zayed Al Nahyan, dispose de l'une des plus grandes fortunes de la planète grâce à la manne pétrolière. Elle n'a pas souhaité réagir à cette enquête de presse, assure DeSmog.
Interrogée, la Commission européenne a "pris note" de cette enquête et va contacter les États européens concernés.
"Il est important de souligner que la PAC (politique agricole commune) est en gestion partagée, c'est-à-dire que la Commission n'intervient pas dans les versements de subventions aux bénéficiaires finaux", a réagi une porte-parole, Louise Bogey.
"Ce rôle et cette responsabilité incombent aux États membres et c'est pour cette raison que la Commission ne dispose ni des noms des bénéficiaires, ni de ceux des propriétaires des entités juridiques qui reçoivent des aides au titre de la PAC", a-t-elle précisé.
Quand le Royaume-Uni appartenait encore à l'UE, la famille royale britannique comptait elle aussi parmi les grands bénéficiaires de la PAC grâce à ses importantes propriétés.
Jeudi, la Commission européenne a estimé plus généralement que l'aide aux revenus des agriculteurs "doit être mieux ciblée", alors que le calcul actuel de la PAC repose sur la taille des exploitations, ce qui favorise les plus grandes fermes.
Bruxelles souligne sa volonté de réformer le futur budget agricole pour la période 2028-2034 avec une dégressivité des aides et un plafond de 100.000 euros par an et par exploitation concernant les aides à l'hectare.
Mais la négociation sur le futur budget de la politique agricole commune s'annonce particulièrement délicate entre les Vingt-Sept, notamment avec la France, qui en est le premier bénéficiaire.
U.Hauser--SbgTB