Des minerais à l'IA, l'UE et le Canada forgent une alliance inédite
L'UE et le Canada doivent dévoiler vendredi à Montréal une série d'accords destinés à amener leur coopération à un niveau inédit, des minerais critiques à l'intelligence artificielle, pour être plus forts ensemble dans un monde dominé par les États-Unis et la Chine.
"La reconnaissance de nos valeurs et de notre capacité à travailler ensemble n'a jamais été aussi importante" dans "cette période de rupture de l'ordre mondial", a déclaré jeudi le Premier ministre canadien Mark Carney.
L'UE et le Canada - déjà liés depuis dix ans par un traité de libre-échange, le CETA - ont accéléré leur rapprochement depuis le retour au pouvoir début 2025 de Donald Trump, avec qui leurs relations sont houleuses.
Mais le sommet organisé jeudi et vendredi à Montréal doit leur permettre d'aller beaucoup plus loin, vers "une nouvelle frontière" afin "d'amener (leur) partenariat au plus haut niveau possible", a souligné la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Ce qui passe en particulier par un renforcement de la "coopération dans l'ensemble des domaines stratégiques", selon Mark Carney.
Les minerais critiques, dont le sous-sol canadien regorge et dont l'industrie européenne, dépendante de la Chine, a un besoin vital, en est l'un des principaux. Et le sommet doit déboucher sur un accord permettant à la Banque européenne d'investissement (BEI) de financer des projets canadiens d'exploitation.
- Union dans l'IA -
L'UE et le Canada veulent aussi travailler ensemble sur l'IA afin de tenter de défendre leur souveraineté face à la domination des États-Unis et de la Chine dans ce domaine.
Quand l'accès à cette technologie "dépend d'une poignée de multinationales, les décisions prises ailleurs peuvent mettre en péril nos entreprises et nos services essentiels. C'est la raison pour laquelle nous unissons nos forces", a déclaré Ursula von der Leyen.
Concrètement, les chercheurs et entreprises canadiennes de l'IA pourront avoir accès à l'infrastructure européenne de supercalculateurs de pointe afin de les aider à développer des systèmes "hautement compétitifs, innovants et sûrs", a-t-elle dit.
Le Canada a annoncé jeudi investir un milliard d'euros dans l'entreprise d'IA canadienne Cohere, déjà alliée à l'allemand Aleph Alpha, ce qui en fait, selon M. Carney, "un exemple concret de ce que le Canada et l'Europe peuvent bâtir ensemble".
- "Bénéfices" pour Washington -
D'autres accords sur le commerce numérique, permettant des transactions en ligne plus rapides et moins coûteuses, ou sur la future intégration du Canada à plusieurs programmes européens doivent aussi être dévoilés.
Le Canada pourrait ainsi négocier son adhésion au programme européen Galileo, un système de navigation par satellite qui offre une alternative au système américain GPS, et à Erasmus, dispositif européen de mobilité des jeunes qui permet notamment à des étudiants de passer un semestre à l'étranger.
Le rapprochement entre le Canada et l'UE a suscité la colère de Donald Trump, qui l'a qualifié en septembre de "ridicule" et "d'acte hostile", allant même jusqu'à menacer l'UE de rompre les échanges commerciaux.
Mark Carney, qui a tenu tête au président américain en rompant fin août les négociations commerciales avec la Maison Blanche, a tenté de le rassurer jeudi en jugeant que les États-Unis "verront les bénéfices" de la diversification des partenariats du Canada qui le rendra "plus fort".
U.Preininger--SbgTB