Taux directeurs : la Fed choisit de s'abstenir avant les élections aux États-Unis
La Réserve fédérale américaine (Fed) a sans surprise opté mercredi pour le statu quo sur ses taux directeurs à quelques jours d'élections aux États-Unis largement centrées sur l'inflation que l'institution est chargée de combattre.
La décision n'a pas été unanime : le maintien des taux entre 3,75 % et 4 % a été désapprouvé par deux responsables monétaires sur douze.
La gouverneure Lisa Cook et la présidente de la Fed de Cleveland Beth Hammack souhaitaient une hausse d'un quart de point.
Mme Hammack avait fait savoir qu'elle estimait que la Fed devait agir de manière plus déterminée contre l'inflation (une politique restrictive rend les crédits plus chers dans l'optique de refroidir l'économie et calmer les hausses de prix).
Mme Cook ne s'était pas positionnée clairement sur le sujet.
Elle est depuis plus d'un an dans le viseur du président Donald Trump, qui a tenté - en vain jusqu'ici - de la révoquer. Il l'accuse d'avoir été malhonnête dans des dossiers de demande de prêts immobiliers personnels, ce que la gouverneure conteste.
Le communiqué de la Fed a peu changé depuis la réunion de septembre, quand la banque centrale de la première économie mondiale avait relevé les taux d'intérêt à l'unanimité.
Le texte donne cependant une explication au statu quo sur les taux, alors que l'inflation reste "élevée" : le comité se donne du temps pour engranger "plus d'éléments" et "déterminer la politique monétaire appropriée afin de ramener l'inflation" à l'objectif de 2 % "dans un délai raisonnable".
La Fed n'a plus atteint cette cible depuis plus de cinq ans.
En septembre, la hausse des prix à la consommation s'est accélérée à 3,7 % sur un an, largement en raison du choc énergétique qui a suivi le déclenchement par Donald Trump d'une guerre contre l'Iran.
Le patron de la Fed Kevin Warsh prendra la parole à 18H30 GMT.
Depuis qu'il a pris les rênes au printemps, il évite d'expliquer les ressorts de la politique monétaire et surtout de donner des indices sur la suite.
Des taux inchangés dans un contexte inflationniste toujours aussi vif vont "exiger davantage de communication de la part du président Warsh en conférence de presse", avait avancé l'économiste du cabinet EY Gregory Daco avant la décision du comité monétaire.
"Warsh devra éviter de donner l'impression que la décision revêt un caractère politique (...) à l'approche des élections", avait-il souligné.
Il notait qu'un statu quo risquait d'être perçu "comme une attitude conciliante" à l'égard de la majorité présidentielle que les sondages présentent en mauvaise posture pour les élections législatives de mi-mandat du 3 novembre.
- Esquive -
Vu que l'inflation n'a montré aucun signe d'essoufflement depuis la hausse de septembre, nombre d'analystes estimaient que la pause d'octobre pouvait s'expliquer par la volonté de ne pas être pris dans les filets du débat politique.
Attendre six semaines supplémentaires avant d'augmenter les taux "ne change pas énormément les choses sur le plan économique", avait déclaré à l'AFP Wendy Edelberg, chercheuse à la Brookings Institution.
Cela évite en revanche aux responsables monétaires "de se retrouver au coeur du débat politique juste avant une élection, ce qui ne rend service à personne", avait-elle estimé.
Les investisseurs considèrent que l'institution n'aura guère d'autre choix que de relever les taux lors de son dernier huis clos de l'année, début décembre.
Mercredi, la Banque du Canada a relevé son taux directeur d'un cran face à l'inflation. Elle ne l'avait plus fait depuis l'été 2023.
Donald Trump réclame inlassablement des taux plus bas, jugeant exagérée la crainte que cela nourrisse l'inflation.
Pendant sa campagne victorieuse de 2024, il avait promis d'améliorer le pouvoir d'achat et de faire plonger les coûts d'emprunt, notamment pour permettre à un maximum d'Américains d'accéder au rêve de la maison individuelle.
Pour la plupart des économistes, ses politiques (droits de douane, guerre contre l'Iran) ont toutefois eu un impact direct sur les prix aux États-Unis et incité les prêteurs à demander des taux d'intérêt plus élevés pour éviter que l'inflation ne grignote leurs gains futurs.
Le parti présidentiel risque de perdre le contrôle du Congrès au lendemain du 3 novembre.
I.Sperl--SbgTB