France : la dette du 2e trimestre révélée mardi, avant un nouveau record en 2027
L'Insee révèle mardi le niveau atteint au deuxième trimestre 2026 par la dette publique française, avant un record attendu en 2027, situation de plus en plus inconfortable à quelques mois des élections.
Fin mars, la dette passait la barre des 3.500 milliards d'euros, soit 117,5% du produit intérieur brut (PIB).
Le gouvernement a prévenu ce mois-ci qu'elle atteindrait 121,7% du PIB en 2027, soit plus du double de la limite européenne fixée à 60%, du jamais vu depuis le début de cette statistique de l'Insee en 1978.
La France, qui ne parvient pas à réduire son déficit public - il devrait encore atteindre 5,4% du PIB cette année, contre 5% espérés - est le pays le plus endetté de la zone euro derrière la Grèce et l'Italie.
De plus, le poids des intérêts annuels de cette dette progresse : ils devraient atteindre 91 milliards d'euros en 2027, selon le ministre de l’Économie et des Finances Roland Lescure.
Lundi, les obligations françaises à dix ans étaient assorties d'un taux de 4,7%, contre 3,6% environ pour les obligations allemandes, un écart au plus haut depuis 2012.
"Cela s'inscrit dans un mouvement mondial de hausse des taux", nuance auprès de l'AFP Eric Dor, alimenté par l'inflation liée à la crise énergétique, la crainte que les banques centrales ne répercutent cette inflation dans leurs taux directeurs, et une demande d'emprunts "qui explose", de la part des pays, mais aussi d'entreprises lancées dans le développement de centres de données et de l'intelligence artificielle.
- "Rôle crucial" -
Mais les taux sur la dette française augmentent aussi parce que les investisseurs s'interrogent davantage.
"D'où le rôle crucial de la confiance", explique M. Dor : "Si le fonds de pension japonais qui prête à (horizon) dix ans à la France commence à se gratter la tête en se demandant si elle trouvera dix ans plus tard d'autres prêteurs pour le rembourser, il exigera un taux d'intérêt supérieur. Et si tout d'un coup la confiance s'érode totalement, là c'est Grèce 2010, il n'y a plus de prêteurs".
Pour lui, "on est dans la phase où les prêteurs se grattent un peu la tête, froncent les sourcils, mais prêtent toujours à la France, plus cher".
Il note qu'en pourcentage du PIB, la charge de la dette est passée de 1,2% en 2020 à environ 2,5%, "une augmentation énorme".
Ce qui pourrait vraiment détourner les prêteurs, selon M. Dor, "c'est qu'ils se persuadent que le monde politique français n'a vraiment pas l'intention d'assainir les finances publiques".
Selon lui, les investisseurs s'inquiètent beaucoup de la perspective de voir "les deux extrêmes", RN et LFI, au deuxième tour de la présidentielle. "Tout dépendra du discours qu'ils tiendront", pense-t-il.
- "Ciel agité" -
"Les marchés ne jugent pas les intentions (mais) la soutenabilité d'une trajectoire et la capacité politique à la corriger", relève David Jourdan, directeur de la gestion crédit à la société de gestion Ecofi, dans une note évoquant une "crise de confiance historique".
La situation de taux élevés et volatils de la dette française semble de surcroît commencer à intéresser les fonds spéculatifs, qui pourraient, par des investissements de très court terme, rajouter de l'instabilité sur ce marché.
Anthony Morlet-Lavidalie, économiste à Rexecode, est à moitié rassurant : "La France ne fera jamais faillite, mais elle peut connaître une crise. Elle est comme un bel Airbus dans un ciel très agité et c'est désagréable pour les passagers", déclare-t-il à l'AFP.
Danc ce contexte, le budget présenté jeudi, qui devrait comporter "54 milliards d'euros d'effort budgétaire", sera scruté de près par les prêteurs.
Pour David Jourdan, "les réformes structurelles ne relèvent plus d'un choix de confort, elles s'imposeront, de gré ou de force".
F.A.Kainz--SbgTB