Salzburger Tageblatt - Entre les immeubles, une ferme en quête de rentabilité et de lien

Euronext
AEX 0.21% 1114.47 €
BEL20 0.26% 5719.36 €
PX1 0.08% 8084.18 €
ISEQ 0.36% 14435.44 €
OSEBX 0.39% 2090.94 kr
PSI20 0.08% 9711.68 €
ENTEC -0.41% 1416.23 €
BIOTK 0.99% 4469.44 €
N150 0.16% 4241.12 €
Entre les immeubles, une ferme en quête de rentabilité et de lien
Entre les immeubles, une ferme en quête de rentabilité et de lien / Photo: Simon WOHLFAHRT - AFP

Entre les immeubles, une ferme en quête de rentabilité et de lien

Cerné par des immeubles, un champ planté de tomates, courges et autres légumes: sur le toit d'un centre commercial de Noisy-le-Grand, les fermiers de Ma Salade à Toit se lancent dans l'aventure de l'agriculture urbaine, en quête de lien mais aussi d'équilibre économique.

Taille du texte:

Ici pas de systèmes high-tech, de ceux qui ont souvent connu un sort funeste au début des années 2020 après avoir suscité l'emballement.

Installée sur 5.000 m2, la ferme, tout juste inaugurée, offre plus simplement un paysage verdoyant de salades ou de poireaux plantés en terre (45 cm de profondeur maximum!) et d'arbres fruitiers en jardinières.

"On voulait que ça ressemble à une ferme, que des gens y travaillent la terre et que les gamins de leur chambre voient ça", explique Grégory Schepard, ex-journaliste, "né en ville" et reconverti dans l'agriculture.

Désireux de faire le lien entre l'urbain et le rural, il répond en 2022 à un appel à projet de la ville, qui souhaite apporter de la convivialité dans cet environnement de sièges sociaux et ensembles d'habitations -dont un fameux de l'architecte espagnol Ricardo Bofill apparu dans le film "Hunger Games".

Après de lourds travaux d'étanchéité du toit, les légumes poussent désormais dans un substrat mêlant bris de brique, d'huître et compost de déchets verts, arrosés en goutte-à goutte. Les abeilles s'activent dans les herbes aromatiques.

Pour faire vivre le potager et ses huit salariés, un chaleureux restaurant en bois a été construit en son coeur, qui propose le midi des repas réalisés avec les produits par le chef, alternative à la restauration rapide pour les employés de bureau.

"On produit, on transforme sur place et on vend. L'objectif est que le modèle se pérennise et soit rentable, on espère", explique Margot-Lys Duval, ingénieure formée à Agro Paris Tech et co-associée.

La ville a assuré la reprise d'étanchéité. Le reste de l'investissement (1,5 million d'euros) est porté par des aides de collectivités et de l'emprunt.

Les défis sont financiers, mais aussi agronomiques et climatiques: sur le toit, avec la réverbération des immeubles, il fait 3°C à 5°C de plus. Cet été "des cultures ont cramé", décrit Margot-Lys Duval.

Le vent malmène les tuteurs, complique l'installation de serres nécessaires pour prolonger les saisons. En revanche, la terre est plus légère et facile à travailler, nécessite moins de désherbage qu'en plein champ.

- "Un combat" -

La France compte 4.500 lieux d'agriculture urbaine, un nombre qui se stabilise depuis trois-quatre ans: à 80% des jardins collectifs et 20% vivant de leur production pour tout ou partie, selon l'Association française de l'agriculture urbaine (AFAUP). C'est aussi 400 structures professionnelles.

Les échecs de startups high tech ont "occulté tous les projets beaucoup plus ancrés dans leur territoire, qui impliquent des habitants. Ces projets marchent, même si c'est un combat" en temps d'arbitrages budgétaires difficiles, souligne Romain Guitet, coordinateur à l'AFAUP.

"Une ferme urbaine c´est une amélioration du cadre de vie, la création d'emplois, des projets pédagogiques pour les écoles... Elle a une dimension productive, mais sa particularité est qu'on y ajoute une vocation sociale, paysagère, écologique", dit-il.

Pascal Hardy croit pour sa part en un modèle économique pour les productions maraîchères urbaines.

Les deux sociétés qu'il dirigeait, aujourd'hui fermées, avaient installé une ferme sur le toit du parc des exposition de la porte de Versailles, et une douzaine de sites. Mais elles se sont heurtées à la crise post-Covid et au désengagement des clients, explique-t-il.

"On était rentable, on commençait à se développer" pour produire "de grosses quantités", raconte-t-il. Mais "un grand problème de l'agriculture urbaine c'est le débouché. Si je devais le refaire, je m'associerais dès le départ étroitement à des gens maîtrisant les débouchés", comme le grossiste Métro.

A Noisy, les associés de Ma Salade à Toit portent "un modèle entrepreneurial" pour que leur fonctionnement ne dépende pas de subventions. Ils ont mille idées: livrer aux entreprises, installer une pépinière horticole, proposer des animations...

Reconnecter les citadins au monde agricole "est un défi des prochaines décennies", dit aussi Grégory Schepard, qui imagine "des conférences, des débats", et pourquoi pas "faire venir des agriculteurs quand ils seront dans la rue".

Q.Holzer--SbgTB