Colombie : trois jours après le séisme, le sentiment d'"impuissance" grandit
Les secours redoublent d'efforts jeudi pour retrouver des rescapés en Colombie mais, trois jours après le séisme le plus meurtrier depuis le début du siècle dans ce pays, les chances de retrouver des survivants s'amenuisent.
Les engins de chantier ont commencé à enlever les décombres dans les endroits où est écartée toute présence de survivants.
Le tremblement de terre de magnitude 7,4 survenu lundi a détruit des immeubles, des hôpitaux et des écoles dans différentes zones des régions de l'ouest, dont Cali, la troisième ville de Colombie, et Pereira, dans la "région du café".
Le bilan s'est encore alourdi jeudi matin, passant à 273 morts, plus de 3.800 blessés et 377 disparus, selon l'organisme de gestion des catastrophes.
Depuis 07H34 heure locale (12H34 GMT), le délai des 72 heures, à l'issue duquel il est rare de retrouver des rescapés, est écoulé.
"On ne perd pas espoir. (...) Je pense que les gens ont une force de volonté qui leur permet de tenir plusieurs jours là-dessous", dit Diego Sandoval, un bénévole de 22 ans, près d'un immeuble effondré de Pereira où les secours pensent avoir entendu du bruit en provenance d'un ascenseur.
- "Impuissance" -
Malgré des efforts acharnés, l'odeur âcre des corps en décomposition flotte dans les quartiers les plus dévastés de cette ville, parmi les plus meurtries par le séisme.
A Cali, Valeria Cardona, une étudiante de 26 ans, recherche deux de ses cousins. "Nous avons une idée de l'endroit où ils se trouvent mais sans aucune preuve qu'ils soient en vie", explique-t-elle. "L'espoir est la dernière chose qui se perd mais nous sommes dans l'angoisse de recevoir une nouvelle dont nous ne voulons pas", poursuit-elle.
Dans cette métropole de 2,2 millions d'habitants, Martha Pérez, 60 ans, attend pour sa part devant un immeuble des nouvelles d'une tante et d'une cousine. "Elles vivaient au premier étage et nous n'avons pas encore pu les sortir de là", raconte-t-elle à l'AFP. " C'est très dur de voir ça. Ne pas savoir, se sentir impuissant".
Depuis trois jours, la solidarité de la population locale face à la recherche harassante des disparus et aux pénuries ne se dément pas. Des milliers de personnes apportent aux quartiers touchés eau, nourriture et médicaments.
Mais les difficultés sont immenses.
Près de 13.000 logements ont été détruits et des milliers de familles se retrouvent sans toit. De nombreux habitants ont été contraints de passer trois nuit d'affilée dehors, sur des trottoirs ou dans des parcs.
- Le gouvernement critiqué -
Le président Abelardo de la Espriella, qui a pris ses fonctions trois jours seulement avant le tremblement de terre, a décrété mercredi l'état d'"urgence économique" face à la catastrophe, une mesure qui lui permet de créer des impôts et de modifier le budget.
Il a également annoncé la création d'un fonds alimenté par des aides internationales pour venir en aide aux victimes.
Une fois les heures critiques passées, la priorité sera de trouver des solutions de logement pour la population.
"Nous devons commencer à travailler, parce que les gens ne supportent plus de rester dans la rue", a déclaré Dilian Francisca Toro, la gouverneure du département Valle del Cauca, dont Cali est le chef-lieu.
L'épicentre du séisme est situé près de San José del Palmar dans le Choco, un département bordant le Pacifique et qui compte parmi les plus pauvres de Colombie.
Là, la phase de recherche et de sauvetage est déjà achevée mais l'aide aux sinistrés se fait pressante.
Les autorités ont demandé aux guérillas qui sèment la terreur dans cette zone de permettre l'entrée de vivres, de médicaments et des équipes gouvernementales.
La gestion de la catastrophe par le président issu de la droite dure a fait l'objet de critiques.
La Colombie n'a en effet accepté de recevoir que des équipes de secours envoyées par les Etats-Unis, le Salvador, l'Equateur et Israël, gouvernés par la droite.
Le gouvernement colombien a toutefois affirmé gérer les offres d'aide étrangère "sans aucune considération idéologique ni politique".
La présidente mexicaine de gauche, Claudia Sheinbaum, a regretté jeudi que son gouvernement n'ait pas pu mobiliser ses brigades de secouristes militaires, pourtant expérimentées, au motif qu'elles ne disposaient pas de la bonne certification.
Le Mexique a en revanche pu faire parvenir à la Colombie des aliments et des médicaments.
E.Mader--SbgTB